Justice pour Roland Veuillet

Roland Veuillet l’irréductible

mercredi 22 septembre 2004

Article original

Par Marie-Noëlle Bertrand

C’est ce qu’on appelle un drôle de zèbre. Un peu grande gueule, tendance franc-tireur, quoiqu’il s’en défende. En janvier 2003, il était le seul titulaire à faire grève, dans son lycée du Gard. « C’était peut-être maladroit », admet-il aujourd’hui. « Mais quand on se sent agressé, on en commet d’autres, des maladresses... » L’an dernier, il a couru près de 5 000 kilomètres, entre Paris et Nîmes, finissant son trajet autour du ministère de - l’Éducation nationale. Et depuis le 30 août il campe, seul toujours dans sa voiture, à deux pas de la rue de Grenelle. Il n’a plus rien mangé depuis ce jour-là. Roland Veuillet entame, ce matin, son 24e jour de grève de la faim. Il a déjà perdu douze kilos, ce qui, précise-t-il, correspond « à la courbe normale de quelqu’un dans mon cas ». Un mode d’action jusqu’au-boutiste, par lequel il exige l’annulation de la sanction disciplinaire prise à son encontre.

un climat tendu

En juin 2003, ce conseiller principal d’éducation (CPE) nîmois, père de trois enfants, apprenait sa mutation vers l’académie de Lyon. « On m’a laissé 48 heures pour être à mon poste, à 300 kilomètres de chez moi. » Motif de la mesure (une sanction de niveau 3 sur une échelle qui en compte 4) : a « porté atteinte au bon fonctionnement de son lycée et a mis en danger les élèves ». Des faits qu’il nie résolument, dénonçant une décision visant à réprimer son action militante et syndicale lors du mouvement des MISE.

L’histoire remonte à janvier 2003, donc, alors que pions et aides-éducateurs de Nîmes luttent contre l’extinction de leur statut. Dans toute l’académie, le climat est tendu. SUD éducation, syndicat de Roland, raconte les intimidations exercées par les administrations sur les grévistes. « Négation du préavis de grève, convocation à des entretiens individuels, exigence d’un service minimum. » Dans le lycée où travaille Roland, l’idée est poussée à l’extrême par le principal, lequel ferme l’internat et propose d’embaucher des grands élèves (maîtres au pair) en remplacement des surveillants grévistes. Seul titulaire à s’être mis en grève, Roland Veuillet joue de sa fonction pour s’opposer à la mesure.

Le ton montera vite entre lui et sa direction. Avec certains parents, aussi. Il y aura même une échauffourée avec l’un d’eux. Selon des témoins, l’agresseur est le père. Pourtant une première sanction tombe contre Roland, qui se voit suspendu. Le conseil de discipline annule la mesure dans la foulée. Mais en juin 2003, alors que le mouvement des personnels de l’éducation bat son plein dans le pays, une nouvelle sanction tombe, pour les mêmes motifs, venue cette fois du rectorat. Roland Veuillet est muté vers l’académie de Lyon. Depuis, il n’a de cesse de la contester et de demander que soit ouverte une enquête administrative. Le tribunal administratif le déboute, il fait appel. On délaisse son histoire, il court, puis jeûne.

Les syndicats sont, aujourd’hui, unanimes à le soutenir. Au niveau national, on prend quelques pincettes avec le personnage. Il n’est pas complètement facile à défendre, Roland, avec son habitude de batailler tout seul. Sans doute pas une oie blanche, non plus, le genre à se mettre beaucoup de gens à dos. Mais de la CGT au SNES, une réalité ne fait aucun doute : Roland est victime de répression abusive et antisyndicale.

Localement, les organisations s’engagent encore plus. « Je l’inclus dans le lot des victimes du rouleau compresseur dont le gouvernement se sert contre les syndicalistes », note François Bory, de la CGT du Var. « Vous savez, quand on est seul à bouger, on a vite fait de passer pour un agitateur... », souligne-t-il au passage. Pour Benoît Massateau, de SUD éducation, Roland n’a rien à se reprocher. « Le rapport sur lequel s’est appuyé le recteur ne mentionne que des faits militants : port de badge, organisation de - réunions, distribution de tracts... » Et d’évoquer des contentieux antérieurs à janvier 2003. Membre du réseau d’enseignants en lutte Collectif 84, tous deux se sentent d’autant plus solidaires qu’ils ont frisé, aussi, des sanctions disciplinaires (voir l’Humanité du 10 février 2004).

vers un compromis

Cet après-midi, un rassemblement de soutien est prévu [1], que doit, par ailleurs, rejoindre une manifestation de personnels précaires. Les fédérations de l’éducation nationale continuent de plaider le cas de Roland devant les représentants du ministère. Un compromis pourrait se dessiner, qui verrait le CPE être « re-muté » dans son académie d’origine. Lui, le refuse. « La mutation n’est pas le plus dur à vivre. Ce qui est noté dans mon dossier, en revanche, est très grave. Je veux que ce soit désavoué. » Il sera donc jusqu’au-boutiste et le reconnaît, en même temps que ses contradictions. « En tant que syndicaliste, j’ai toujours été contre les grèves de la faim. » Mais aujourd’hui, c’est l’individu qui parle. « Pour moi, c’est ça, ou tomber définitivement dans l’oubli. »


[114 heures, devant le ministère de l’Éducation nationale.

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