Justice pour Roland Veuillet

Je ne regrette pas ma démarche

mercredi 28 février 2007

Interview : Jean-Philippe Joseph a entamé une grève de la faim depuis le
18 février en soutien au combat de Roland Veuillet. Nous l’avons rencontré
hier à son dixième jour de jeûne.

Roland Veuillet était enseignant à Nîmes, le connaissez-vous personnellement ?

Non, je l’ai sûrement croisé à l’occasion des mouvements de cette époque
notamment lors de l’opposition à l’entrée des élus d’extrème droite dans
les lycées. Je n’ai aucun contact personnel, ni aucun lien particulier
avec lui.

En quoi son combat vous touche-t-il ?

Le premier aspect qui m’a touché est le silence et le manque d’écho dans
le monde enseignant autour d’une lutte qui a pu atteindre un tel degré (16500 km courrus et deux grèves de la faim). Les principaux engagements de
soutien étaient le fruit d’individus ou de petits groupes. Même si la
justesse d’une lutte ne se mesure pas au sacrifice, j’étais
personnellement interpellé par une grève de la faim qui en était à son
56e jour (la zone de danger pour un jeûne est à 40 jours, certains sont morts
après 25).

L’injuste mutation-sanction puis l’enfermement en hôpital psychiatrique de
Roland Veuillet, montrent aussi une accélération de la gestion des corps,
de la médicalisation, de la psychiatrisation des populations et plus
précisément des expressions politiques dissidentes, une progression du
« biopouvoir ». Plus généralement, on le retrouve dans les rapports
parlementaires ou de l’INSERM qui proposent de mettre les jeunes
hyperactifs sous Ritaline, par les prises d’ADN, la biométrie, la
vidéosurveillance et par un contexte des mesures de gestion de nos
affectations, de nos déplacements, de nos emplois du temps... Des mesures
qui jusque là n’inquétaient pas, avaient leur propre logique se rejoignent
dans une politique de contrôle permanent.

Comment décide-t-on d’entamer une grève de la faim ? Quelle préparation
physique ou psychologique ?

Pour ma part je l’ai décidé dans l’urgence, conscient du degré auquel il
en était.

Je savais, pour avoir jeûné avant comment démarrer et arrêter un jeûne. Je
n’avais aucune peur par rapport aux sensations de faim des premiers jours.

Psychologiquement j’ai été soutenu par ma famille et quelques proches.
J’étais aussi en vacances, à corriger mes copies et préparer mes cours, ce
qui paradoxalement ne facilitait pas les choses : je suis plus loin du
frigo aujourd’hui que je suis en cours.

Aviez-vous déjà fait une grève de la faim ?

Oui, en septembre 2001 à Prague. Elle n’avait duré que quatre jours.

Comment cela se passe-t-il au lycée, allez-vous pouvoir continuer à
travailler ?

Bien sûr, je sais assez bien gérer le type d’énergie dans lequel me met le
jeûne. Mes élèves respectent ma situation et mes cours se passent très
bien.

Quelle utilité de ce combat individuel, par rapport au poids du nombre ?

La question du poids du nombre ne se posait pas quand j’ai commencé. Aucun
mouvement de masse n’était annoncé et je n’ai pas le pouvoir d’en
déclencher.

Cet engagement individuel a permis avec intensité de faire entendre
certaines positions, de relayer Roland Veuillet dans une démarche qui
montre l’urgence (on ne peut rester des années éloigné des siens). Il est
l’occasion pour celles et ceux qui se sentent touchés aussi de s’impliquer
et de se manifester, de marquer leur soutien et leur indignation. À ce
titre, je ne regrette vraiment pas cette démarche.

Comment va votre santé ?

Difficile à dire. Après dix jours j’ai assurément maigri mais je ne me
pèse pas.

Je suis plus calme. C’est un apport indiscutable ;-)

Un rassemblement de soutien à Roland Veuillet se tiendra aujourd’hui à
14h30 à Lyon. Une rencontre avec le ministre est prévue en fin de semaine.

Propos recueillis par Isabelle Jouve.

Encadré : communiqué de soutien du syndicat Snes-Fsu du lycée.

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