Justice pour Roland Veuillet

Ce n’est pas la peur qui gouverne !

septembre 2005

Arrêt immédiat de toutes les poursuites et retrait des sanctions contre les lycéens et les personnels de l’éducation nationale impliqués dans les grèves contre la loi Fillon, et plus généralement contre tous les militants syndicaux victimes de la répression depuis 2003 : Kamel Belkadi, Fatty Mayant, Roland Veuillet et les 14 du centre de tri de Bègles-Bordeaux.

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Ce n’est pas la peur qui gouverne

Occupation d’une annexe désaffectée du ministère : David Prévot témoigne

Vous pouvez considérer la signature de la pétition de soutien à David Prévot

Suite à l’occupation d’une annexe du ministère de l’éducation nationale au cours du mouvement contre la loi Fillon, notre camarade David Prévot a été mis en examen pour "violences volontaires sans ITT avec armes par destination sur agents de la force publique et dégradations en réunion de biens d’utilité publique". Ces accusations, formulées sur la base de rapports très douteux des Renseignement Généraux, sont très graves. Si David était condamné au pénal, des sanctions disciplinaires pourraient alors être engagées contre lui pouvant aller jusqu’à sa révocation. Une double peine qu’il encourt pour avoir normalement accompli son activité syndicale. En attendant que « justice » soit faite, David nous raconte ce qui s’est réellement passé.

« En tant qu’enseignant et militant à Sud éducation Créteil, j’ai participé à de nombreuses manifestations au côté des lycéens dans le combat contre la loi Fillon. J’ai aussi assisté à plusieurs AG de la coordination lycéenne, car « nous appelons à soutenir toutes les actions initiées par la coordination lycéenne [1]. ». C’est dans ce cadre que je suis venu participer avec eux à cette action.

Le rendez-vous de départ de l’action était largement diffusé par tous les moyens disponibles que se sont appropriés les lycéens : sites Internet privés, publics, listes de diffusions, bouche à oreille, chaînes téléphoniques, etc. Les agents en civil étaient d’ailleurs nombreux et visibles sur la cour de Rome ce matin du mercredi 20 avril. Les personnes présentes, essentiellement des lycéenNEs, attendent le départ de l’action en discutant, en partageant un encas, ou tout simplement en improvisant une petite sieste sur le parvis.

À un moment, les deux ou trois cents personnes présentes se répartissent en trois groupes. Les instructions sont données sur la nature de l’action qui devra se dérouler dans le calme. Chaque groupe partira à son tour et se retrouvera sur place. Le but, lors du transfert, est d’être discret dans le métro. Pas évident : chaque groupe est composé d’une centaine de lycéens, mais ces mots d’ordre seront tout de même suivis, les lycéens s’attirant très vite la sympathie des usagers des transports en commun.
Le premier arrêt, Solferino sur la ligne douze. Suivant toujours les mots d’ordre, tout le monde descend sur le quai lorsque quelqu’un crie « c’est ici ! ». Tout le monde passe les barrières et se regroupe à la sortie de la station. Quand le dernier est passé, le troupe se met à courir, tout droit d’abord, puis nous tournons à gauche. Je reconnais le quartier, nous arrivons par l’arrière sur le ministère de l’EN. Quelques agents des forces de l’ordre nous attendent et des barrières bloquent les accès. Les premiers rangs se prennent des coups de tonfas et tout le monde fait demi tour. Le but de l’action est une occupation : nous sommes en supériorité numéraire, mais il est hors de question de risquer l’affrontement ! Nous reprenons le chemin du métro.

Le second arrêt, Falguière sur la ligne douze. Nous avons à peine le temps de reprendre notre souffle, et nous ressortons six stations plus loin. La course est plus longue jusqu’à l’angle de la rue de Sèvres et du boulevard Pasteur. Nous nous arrêtons avant d’arriver au but
pour nous regrouper. Quelqu’un explique qu’il s’agit d’une annexe du ministère de l’éducation nationale, et que nous allons entrer ici.

L’entrée dans le bâtiment

L’effet de surprise nous permet en effet de ne trouver aucune forme de résistance, toutes les portes sont ouvertes. Une fois à l’intérieur, les mots d’ordre de non violence et de non dégradation sont lancés et répétés. Puis c’est l’exploration du bâtiment. Certains partent en faire le tour pour trouver toutes les issues de secours, d’autres parcourent les salles afin de faire un inventaire du matériel. L’annexe est désaffectée, des meubles au rebut sont entassés dans les salles des premier et deuxième étages.

Le reste des salles est complètement vide. Seule une poignée de personnels a encore ses bureaux dans une partie du dernier étage.

Ils ont toute liberté pour fermer leurs bureaux et protéger ainsi leur travail en cours.

A la réflexion, le bilan est plutôt positif : on ne pourra pas reprocher aux participants de détériorer des meubles inexistants ou au rebut, ni de dégrader des locaux vidés avant réfection. Les meubles sont imposants pour certains, comme de vieilles étagères assez lourdes.

C’est alors que pour le bon déroulement de l’action, j’ai pu responsabiliser les participants sur les risques de se blesser en transportant seul ce genre d’objet encombrant et sur la nécessité de faire attention avec les différentes portes en verre entassées sans précaution à l’intérieur de certains meubles. L’organisation des tâches qui se met en place rapidement permet même de ne pas cogner les meubles contre les murs, ce qui montre à quel point les lycéens sont responsables et coordonnés dans l’urgence.

L’arrivée des forces de l’ordre

Au bout de quelques temps, les autocars bleus des gendarmes mobiles et d’autres brigades d’intervention de la police encerclent le bâtiment, afin de tenir à distance le rassemblement de soutien qui s’est déjà mis en place. Les portes extérieures ont soigneusement été bloquées pour retarder l’action des forces de l’ordre, et les derniers meubles sont entassés dans l’entrée principale du bâtiment. Quand ils décident de rentrer en force, nous montons nous réfugier sur la terrasse. Une première équipe de gendarmes mobiles passe au dessus des grilles de l’entrée et commence à dégager tous les meubles empilés. Ceux-ci sont sauvagement jetés sur les bords, une voiture garée à l’intérieur est endommagée. Les équipes avancent vers le bâtiment, rentrent par le local du vigile. Des témoins restés au rez-de-chaussée nous raconteront ensuite avoir vu les agents avec des haches pour forcer le passage ! Les forces de l’ordre montent rapidement les étages malgré les obstacles, et s’arrêtent à l’entrée de la terrasse.

L’attente en terrasse

Le temps s’écoule doucement en terrasse. Des occupants ont eu l’intelligence de prendre des bonbonnes d’eau au dernier étage afin que chacun puisse s’hydrater. Cela n’empêchera pas une jeune fille de faire un malaise. Elle est placée en position latérale de sécurité et des habits sont posés sur elle afin qu’elle n’ait pas trop froid. Les agents laissent passer une équipe de pompiers et elle est prise en charge. C’est la seule personne que j’aie vue évacuée ainsi ce jour-là. Discussions, siestes et petits jeux s’organisent sur la terrasse. Le rassemblement de soutien est de plus en plus important en bas, des slogans sont échangés dans la bonne humeur. Certains vont discuter avec les responsables des forces de l’ordre, et plusieurs demandent à pouvoir sortir. Lorsque l’on accède à leur demande, les jeunes gens sont faits prisonniers, et nous les voyons d’en haut être fouillés et embarqués dans les cars. Au bout d’un moment, tous sont de plus en plus fatigués ou ont simplement envie de repartir. Le rassemblement s’est encore épaissi en bas, et les caméras des différentes télévisions sont en place. Il est alors décidé collectivement de se constituer prisonnier.

Mais qu’en dit la Police ?

Quant à la version du Préfet de police de Paris, elle diffère étrangement de celle de David Prévot comme de celle des centaines de lycéens présents. Voici un extrait de la réponse qu’il a envoyée à la fédération Sud éducation à propos des interpellations du 20 avril sur lesquelles nous lui avions demandé de s’expliquer :

« ...il faut noter que cette occupation de la Direction de l’Evaluation et de la Prospective de l’Education nationale s’est soldée par des dégradations très importantes. Dès leur entrée dans le bâtiment, les manifestants ont entrepris d’en barricader les accès en empilant le mobilier sorti des locaux devant la grille extérieure. Lorsque les policiers ont pénétré sur le site, sur réquisition, certains occupants ont projeté du mobilier depuis les fenêtres (sièges, accessoires, ordinateurs...) ou par la cage d’escalier. L’évacuation de l’immeuble s’est réalisée dans des conditions particulièrement difficiles, les occupants faisant montre d’une vive opposition, mais sans qu’aucune blessure n’ait été enregistrée du fait de l’action des policiers. Un certain nombre de personnels de l’Education nationale qui s’étaient réfugiés dans leurs bureaux n’ont pu sortir de l’immeuble que grâce à l’intervention de la police... »
(Courrier du 18 mai 2005).

Nul doute que le « lancer d’ordinateurs » aurait été enregistré dans les plaintes déposées contre les féroces occupants... s’il avait correspondu à l’ombre d’une réalité ! Il va pourtant être de plus en plus difficile à monsieur le Préfet de nier les violences policières envers les manifestants. Une enquête est en effet menée par la commission Citoyens-Justice-Police. Composée de la Ligue des Droits de l’Homme, du Syndicat de la Magistrature, du Syndicat des Avocats de France et du Mrap, elle rendra prochainement public son rapport.


Pour soutenir les victimes de la répression

Infos : http://coordlyceenne.free.fr/

Contact : comite.soutien@laposte.net

Pétition : http://www.fcpe94.ouvaton.org


L’action syndicale, toujours plus sanctionnée et criminalisée

- Fatty Mayant a été injustement licenciée après la lutte victorieuse de Sud Nettoyage contre les pratiques esclavagistes des hôtels Arcade. Elle n’a toujours pas été réintégrée par le groupe ACCOR, et ce malgré l’avis de l’Inspection du Travail.

- En mai, l’occupation du centre de tri de Bordeaux-Bègles s’est soldée par l’intervention musclée du GIPN et des mesures disciplinaires d’une rare sévérité rendues contre 14 syndicalistes : déplacements d’office, mises à pied de deux ans sans solde et licenciement.

- En juin, la Cour d’Appel de Nancy a rendu sa décision concernant Kamel Belkadi, responsable syndical accusé d’avoir mis le feu à un entrepôt d’une usine Daewoo. Malgré un réquisitoire reconnaissant la lourde responsabilité du patron du groupe, et malgré la démonstration matérielle de l’innocence de Kamel, les juges ont maintenu une condamnation à deux ans avec sursis !

- Sanctionné pour son activité syndicale menée à Nîmes lors du mouvement de printemps 2003, Roland Veuillet reste muté d’office à Lyon pour la troisième année consécutive. De Robien, en digne successeur de Fillon, refuse toujours d’appliquer l’avis du Conseil Supérieur de la Fonction Publique qui s’était pourtant prononcé pour l’annulation de toute sanction le 25 janvier dernier.


Les gouvernements passent, leur répression reste en place

Les imposantes manifestations de février, et surtout celle du 8 mars, ont été « plombées » par la violence des agressions externes, survenues sans que les forces de l’ordre interviennent pour protéger les défilés. En revanche ces agressions, largement médiatisées, ont servi de prétexte à une répression policière d’une rare violence, qui s’est abattue ensuite... sur les manifestants pacifiques ! C’est dans ce contexte de provocation et de rupture du dialogue qu’ont commencé les occupations de locaux, notamment celle de l’annexe désaffectée du ministère. L’ex-ministre Fillon est néanmoins resté inflexible : « À chaque fois qu’une tentative de blocage aura lieu, il y aura une intervention » avait-il déclaré le 7 avril à l’Assemblée nationale. Promesse tenue !

Partout les sévères consignes de répression ont été suivies à l’encontre des lycéens et des trop rares enseignants qui les ont accompagnés : des centaines de gardes à vue (sous la responsabilité de l’ex-ministre de l’intérieur Galouzeau de Villepin), une quarantaine d’inculpations (engagées par l’ex-ministre de la Justice Perben) et des dizaines de conseils de discipline dans les lycées (sous la pression
de l’ex-ministre Fillon). Rien n’a changé avec l’arrivée de de Robien. En juillet, le ministère a ainsi confirmé au Comité de soutien aux lycéens poursuivis qu’il n’était pas question de retirer la moindre plainte. Passage en revue de la répression d’un mouvement de jeunesse à la fois citoyen et pacifique.

- 20 avril, rafle massive de lycéens. Suite à l’occupation pacifique d’une annexe désaffectée du ministère de l’Education nationale, 183 manifestants ont été gardés à vue. Neuf d’entre eux, dont notre camarade David Prévot, ont été mis en examen pour violence à agents, dégradations, etc.

- 12 mai, premier jugement rendu par le TGI de Paris. Condamnation à 800 euros d’amende pour violences lors de la manif à Paris du 15 mars. Le procureur avait requis 2 ou 3 mois de prison ferme.

- 23 mai, cinq lycéens chez le juge d’instruction de Bobigny suite à l’occupation de l’IA le 12 avril.

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CRS de dos

- 31 mai, procès d’Antoine, étudiant. Comme l’a dit un CRS lors de son interpellation au cours de la manifestation du 23 avril : « on lui met la totale ». Violences, rébellion, coups et insultes aux forces de l’ordre ! Son avocate demande un complément d’enquête et un renvoi en collégiale (3 juges), invoquant les nombreux témoins à entendre, les photos et vidéos à étudier, l’erreur commise sur le PV rédigé par les CRS. La juge refuse le complément d’enquête mais accepte le renvoi en collégiale. Le procès est donc renvoyé au 22 septembre.

- 31 mai, procès de Salah, lycéen de 18 ans, et d’Adrien, étudiant de 23 ans. La proviseure du lycée Fénelon a porté plainte contre eux suite à une manifestation devant son lycée où elle aurait été bousculée. Le procureur a requis 120 jours de TIG ou 100 jours amendes à 5 euros. Suite au refus d’accès d’une partie du public à la salle d’audience, malgré la vingtaine de places restantes, le procès s’est tenu dans une ambiance survoltée : deux avocats ont notamment été molestés par les policiers lors d’une bousculade. Le délibéré a été rendu le 14 juin : Adrien et Nicolas ont chacun été condamnés aux 100 jours amendes à 5 euros requis par le procureur et à 500 euros d’amende supplémentaire, plus 2.000 euros de dommages et intérêts à la proviseure (qui en réclamait 15.000) et, enfin, à 490 euros de frais de réparation d’une porte de l’établissement.

- 1er juin, condamnation de Samuel Morville, animateur du mouvement lycéen, à cinq mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende pour avoir insulté un commissaire et lui avoir craché au visage. Le procureur n’avait pourtant requis que 100 jours d’amende à 5 euros. La Ligue des Droits de l’Homme dénonce ce verdict et les conditions du procès, notamment le refus d’entendre les témoins cités par Samuel en violation totale des règles de procédures. Samuel a aussitôt fait appel. Il est d’autant plus important de refuser ces condamnations pour l’exemple que ce procès servira d’étalon aux répressions à venir.

- 1er juin, procès à Pontoise d’un lycéen pour violence sur deux policiers. Il aurait commis l’exploit de leur infliger 8 jours d’ITT chacun par le jet d’une seule canette ! Le procureur a requis 60 heures de TIG ou 600 euros d’amende, plus 200 euros de dommages et intérêts à chacun des policiers « blessés ». Le délibéré a été renvoyé fin septembre.

- Août, poursuites à Millau. Suite à une opération « péage gratuit » sur le viaduc le 28 mars, la société concessionnaire Eiffage assigne au Tribunal de grande instance une quinzaine de lycéens, de parents d’élèves et d’enseignants. Elle leur demande pas moins de 23 000 euros de dédommagements (3237 véhicules seraient passés sans payer en une heure !). Les 250 personnes présentes lors de cette action s’interrogent sur la façon dont le « casting » des assignations a été mené... Le choix des inculpés montre, comme pour les procès ciblés d’Ile de France, une volonté de frapper les militants les plus investis dans la lutte. Outre le risque de perdre le procès et de devoir « rembourser » cette somme exorbitante à Eiffage, il faut être conscient que l’organisation de la défense coûte cher, et mobilise beaucoup d’énergie... qui ne peut pendant ce temps s’investir dans la mobilisation.

N’hésitez donc pas à adresser vos chèques au Comité de Soutien aux Actions Lycéennes, chez Mme Navas, 13 rue St Martin, 12100 Millau.

- 12 octobre, comparution devant le tribunal du Mans du militant de Sud éducation Jacky Launay. A l’occasion de la venue de Raffarin au congrès de la FNSEA le 24 mars au Mans, les forces de l’ordre ont chargé les contre-manifestants. Bilan : des lycéens extrêmement choqués par la violence qui s’est abattue sur eux et onze personnes en garde à vue, parmi lesquelles des mineurs. Trois condamnations à deux mois fermes et 300 euros d’amende ont déjà été prononcées après comparution immédiate. Jacky, ainsi que sept autres personnes restent poursuivies pour des motifs dérisoires voire inexistants. A titre de comparaison, le 26 mai dans l’Hérault, suite à de violentes manifestations de viticulteurs, deux individus seulement ont été interpellés... et relâchés le jour même. Leurs « camarades », pourtant armés et cagoulés, ont vandalisé distilleries, magasins et gares causant plusieurs centaines de milliers d’euros de dégâts. Est-ce cet exemple que le gouvernement souhaite donner aux lycéens et aux enseignants pour obtenir l’impunité ?

- 13 octobre, procès d’Hicham, arrêté dans la manifestation de soutien aux lycéens occupant l’annexe du ministère le 20 avril.

- Les Inspecteurs d’Académie d’Agen et de Rodez ont porté plainte suite à l’occupation de « leurs » locaux. Trois camarades de Sud éducation ont été convoqués pour être entendus dans le cadre de ces enquêtes, dont la secrétaire de Sud éducation 47 qui a été nominativement visée par une de ces plaintes.

Commission répression

mis en ligne par David


[1Cet appel se trouve, entre autres, dans le Journal académique de Sud éducation Créteil n°57, avril 2005. Ainsi, contrairement aux allégations de la Fsu, qui refuse de participer à la défense des enseignants qui ont contesté la loi Fillon, ces derniers n’ont pas agi individuellement mais bel et bien en fonction d’un mot d’ordre syndical.

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